Dernière des 4 vertus cardinales après la tempérance, le courage et la prudence, la justice inclut les trois premières et introduit une distance par rapport à l’évènement : médiation de tiers, délai entre l’offense et la réparation, institutionnalisation de l’ordre, etc., qui doivent  en principe enrayer  tout ressentiment, tout caractère de vengeance et les remplacer par la réparation et le châtiment.

Mais alors comment comprendre en quoi le mal infligé au coupable peut constituer une réparation pour le mal subi par la victime ?

Il semble que ’équilibre est à considérer entre l’offensé et lui-même d’une part et entre l’offenseur et lui-même d’autre part, les deux corrélativement à l’infraction à la règle.

Rendre la justice, c’est reconnaître un droit à chacun, selon un principe d’ordre et de raison, et aussi de mesure et d’harmonie. Mais si la loi instituée est issue des mœurs, des normes, et fournit le critère légitime de justice, plus ou moins permissif, plus ou moins répressif, il faut bien préciser avec Montesquieu qu’« une chose n’est pas juste parce qu’elle est la loi, mais elle doit être la loi parce qu’elle est juste ». Cependant, les lois justes ne sont naturellement appliquées que si les hommes ont intérêt à y obéir, sauf à les y contraindre.

Alors où sont les justes ? On pourrait dire, comme chez Camus, que ce sont des révolutionnaires qui luttent contre la tyrannie, mais qui, soucieux de la vie, ne peuvent sacrifier des innocents. Dans ce contexte, l’acte juste est-il toujours l’application stricte de la loi ? La légalité est-elle l’égalité ? Car juger, c’est évaluer, pondérer, jauger, apprécier, comparer des actes, des valeurs, des personnes selon des critères de représentation d’un ordre social. C’est donc interpréter. D’où l’introduction de l’équité, expression d’un sens de la justice qui permet de corriger les insuffisances d’une loi nécessairement imparfaite parce que générale ou correspondant à la volonté d’une majorité qui peut ne pas être une volonté juste.

Aussi il est patent que le devoir être nécessaire, que l’on appelle ici responsabilité, relève du libre arbitre de chacun, sachant que la liberté d’arbitrer peut relever de l’arbitraire, lequel est issu du tribunal de la conscience individuelle de chacun, au fronton duquel l’impératif catégorique kantien devrait être écrit en  lettres d’or : « Agis de telle façon que tu traites l’humanité dans ta personne ou dans celle d’autrui non pas seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi ».

 

Daniel