Le mot dignité, comme le mot économie, a plusieurs sens. Juridiquement, l'homme est digne du simple fait qu'il est né homme. L'homme, fin en soi, a une valeur, et non un prix. L'homme est déchu de sa dignité de travailleur lorsqu'il est au chômage, il est déchu de sa dignité d'homme lorsqu'il est sans domicile fixe, il dort dehors à la manière des animaux.


Le mot dignité, comme le mot économie, a plusieurs sens. Juridiquement, l'homme est digne du simple fait qu'il est né homme. L'homme, fin en soi, a une valeur, et non un prix. L'homme est déchu de sa dignité de travailleur lorsqu'il est au chômage, il est déchu de sa dignité d'homme lorsqu'il est sans domicile fixe, il dort dehors à la manière des animaux. Il n'est plus reconnu comme homme par ses frères puisqu'il ne reçoit plus les égards, la protection minimale, que lui doit son groupe. La dignité est donc aussi une qualité que les autres me reconnaissent ou me refusent, en dernière instance le droit de survivre.

Les enfants d'Oulan-Bator qui, depuis l'introduction du libéralisme dans les ex-Pays de l'Est, vivent dans les égouts pour se protéger des températures qui avoisinent les moins 30 °C, les enfants de Santa Fe de Bogota qui déjeunent des ordures qu'ils grappillent dans les décharges publiques, les laissés-pour-compte de Calcuta, de Kigali ou de Harlem, les pré adolescents de la Grande-Borne ou des Francs-Moisins, nous considèrent-ils dignes de respect ou même seulement dignes d'intérêt ? A l'arrogance obscène d'un bout
de la chaine économique répond la haine de l'autre bout, de ceux à qui on ne reconnaît pas le droit de choisir. Comment pouvons-nous promouvoir l'égalité sociale si ce que nous désirons universaliser n'est recevable par aucune de ces deux extrémités ?

Il n'y a pas de choix économique. Il n'y a qu'un point de vue économique sur le choix des hommes. Il n'y a que des choix politiques. Et ces choix échappent désormais aux États. Les gouvernements, dépossédés de leurs moyens d'intervention, ne sont plus à même de désamorcer les conflits, d'opérer la synthèse des contradictions sociales. Les détenteurs de pouvoir par le biais des structures économiques se sont rendus inaccessibles aux lois existantes et aux structures démocratiques que nous connaissons. En 1976, Andrew Young, homme politique américain, déclarait cyniquement : " Une chose n'est plus illégale si cent hommes d'affaires la pratiquent. " Si l'économie est bien dirigée par des hommes, elle n'est pas dirigée par les hommes. Une clique d'actionnaires majoritaires, mue par une cupidité sans limites, impose ses choix sans aucun respect de la dignité de l'humanité.

Pendant les quelque trois heures que va durer notre réunion, monsieur Lindsay Owen-Jones, P-DG de L'Oréal, va gagner 11 000 francs (soit 32 millions de francs annuels), huit personnes vont mourir par manque d'eau potable dont quatre enfants (soit 25 000 décès annuels), et 20 tonnes de déchets nucléaires seront produites, qui resteront un danger mortel pendant des milliers d'années (soit 60 000 tonnes annuelles).
Faire coïncider les choix économiques et la dignité humaine passe par l'affirmation d'un premier principe : l'économie a pour objet la satisfaction des besoins de la famille humaine, et cela dans le respect de l'environnement. Il s'agit d'un choix politique, raisonnable, qui respecte la dignité constitutive de l'humanité de l'homme.

Avons-nous les moyens de notre politique ?

La franc-maçonnerie peut-elle encore être la conscience de l'humanité ? Peut-elle transmettre encore le message de fraternité qui est sa richesse ? Doit-elle chasser les marchands du temple ou reconstruire des lieux de régulation adaptés à la nouvelle circulation des richesses ? Mes frères je vous rends la parole.

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Un Frère de la Loge