Chacun d'entre nous sait que, confronté à des évènements graves, il tire des conclusions et prend des décisions qui vont changer l'idée qu'il a du sens de sa vie et bouleverser le cours de son existence.

Chacun, également, a fait l'expérience des dilemmes qui obligent à réorganiser la hiérarchie de ses propres valeurs. Pensons aux exploités qui se révoltent ou aux jeunes qui s'engagent pleins de certitudes pour rejoindre le front et qui, quand ils survivent, reviennent pacifistes.

Je peux maîtriser mes décisions. Je suis capable d'empêcher, au moins partiellement, l'influence des contraintes sociales sur mes décisions. Je peux changer mes habitudes. Je peux créer de nouvelles règles. Je peux organiser les valeurs auxquelles j'adhère. Je peux accéder au libre choix, à l'exercice du libre arbitre.

Mais il ne suffit pas de reconnaître la possibilité de la liberté de conscience, encore me faut-il ne pas ignorer les forces qui me traversent, qui sont susceptibles d'aliéner mes choix. Il me faut identifier les passions, les convenances, les conventions, les croyances. Il me faut distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, le beau du laid, le juste de l'injuste en vertu de mes propres critères, débarrassés des préjugés, des a priori et le plus possible des influences extérieures.

Simplement, il s'agit de me déconstruire et de me reconstruire en toute conscience, d'accéder à l'autonomie de mon jugement, c'est-à-dire à la faculté d'édicter mes propres lois.

Ce chemin de soi à soi, le « connais-toi toi-même » delphique, le chemin initiatique maçonnique, comme le définit Alain Pozarnik, actuellement Grand Maître de la Grande Loge de France, est l'objet du travail d'introspection et de libération effectué en Loge. Ce travail, que l'on évoque par la taille de la pierre ou encore par la construction du temple intérieur, est rythmé par les grades symboliques.
La Maçonnerie, qui part du principe que l'homme est perfectible, propose aux Maçons de les accompagner dans leur parcours d'éveil, de découverte, d'ouverture, de recherche du sens de leur activité, de réorganisation de leur grille d'interprétation, d'approfondissement, de perfectionnement.

La franc-maçonnerie aide les Maçons à se préparer à juger et à agir librement, à défendre leurs opinions, avec tolérance certes, mais aussi avec fermeté, et, pourquoi pas, à l'occasion à répandre, seul contre tous, les vérités acquises.

Gardons-nous bien, cependant, de confondre se préparer et être prêt.

Pourtant le chemin de soi à soi n'est pas le chemin de l'autarcie. Etre en accord avec soi-même ne signifie pas se retirer dans un ermitage éthique, c'est surtout un premier pas pour construire avec les autres, un premier pas honnête, c'est apporter sur le chantier une pierre polie.

La lumière jaillit rarement de l'isolement. Et mes nouvelles certitudes ne m'affranchissent nullement de mes devoirs envers la collectivité ni de mon obéissance aux bonnes lois. Etre en accord avec moi-même c'est aussi être en accord avec l'environnement dont je fais nécessairement partie. L'homme n'est homme que dans sa relation à l'autre.

Un Frère de la Loge